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Faire corps avec la matière

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Faire corps avec la matière

Céramiste, esthéticienne, peintre ou karatéka, Diane Lemieux suit un parcours atypique qui peut avoir l’air décousu pour qui ne sait pas regarder d’assez près ce qui constitue le fil conducteur d’une démarche artistique. Pourtant, cette artiste de Val-d’Or a pour le corps humain une fascination qui ne se tarit jamais, qu’il soit de lumière ou de matière.

Déjà, au secondaire, dans le cadre des cours d’arts plastiques, Diane Lemieux expérimente le moulage de visage. De plâtre ou de porcelaine, il prend forme sous ses doigts. Autodidacte en grande partie, c’est dans les livres qu’elle cherche de nouvelles techniques. Elle poursuit plus tard des études en esthétique dans une école privée de Montréal, domaine dans lequel elle pratiquera pendant de nombreuses années. En parallèle, dans sa création, elle pratique l’art du portrait, alors que, le jour, elle maquille les visages.

Ce n’est pas étonnant si le corps humain est au cœur de ses recherches. L’anatomie, la musculature, les textures de peau, son travail de création s’attarde tour à tour à différents aspects du corps. « J’ai toujours observé mes clients à travers une loupe, ça me faisait voir les choses d’un point de vue inusité, les défauts, les particularités, et je trouvais ça inspirant », explique Diane Lemieux. Adepte du karaté et des arts martiaux depuis l’âge de 14 ans, elle s’intéresse aussi au mouvement qui peut s’exprimer dans les œuvres mais aussi à la culture japonaise en général, qui exerce une influence certaine sur l’esprit de ses œuvres.

La noblesse de l’argile

La proximité de la rivière Harricana et de ses berges argileuses a été un déclencheur pour amener la peintre à explorer le travail en relief. « Près de chez moi, il y a de l’argile que j’allais chercher en canot et j’expérimentais avec cette terre-là, qui est assez difficile à travailler. Ensuite, j’en ai acheté de la plus facile à modeler. J’ai aimé la matière. J’aime quand c’est difficile et que ça me donne du fil à retordre. C’est un défi qui m’incite à aller plus loin », confie Diane, qui troque volontiers ses pinceaux afin de toucher directement à la matière brute.

En 2015, elle effectue un voyage culturel au cœur du Japon rural, visitant musées et ateliers de céramistes traditionnels. « J’ai eu la chance de rencontrer des artisans, de les regarder travailler avec des argiles naturelles et d’apprendre d’autres façons de faire. Je suis maintenant en pleine exploration pour appliquer ça dans mon atelier. Des fois ça fonctionne et des fois ça casse, mais je suis en train d’arriver à de bons résultats », raconte Diane. « L’argile de l’Abitibi, quand on la travaille, elle est grise mais quand on la fait cuire, elle devient rouge, c’est très impressionnant! »

C’est d’ailleurs en 2015 que le Centre d’exposition de Val-d’Or consacrait à Diane Lemieux une exposition, au terme d’un projet de recherche qui l’a menée à questionner les usagers des centres d’entraînements sportifs sur la relation amour/haine qu’ils entretiennent avec leur corps. La recherche a mené à une série de tableaux et de bustes en terre cuite dans lesquels Diane Lemieux met de l’avant tantôt la recherche esthétique, tantôt les contradictions avec lesquelles sont aux prises les amateurs de fitness.

Même si la vie lui fait exercer différents métiers, la création demeure la motivation première de Diane Lemieux. « L’art, ça fait partie de moi, je ne peux pas dire je m’arrête. Ce n’est pas un passe-temps. C’est mon travail », affirme-t-elle avec aplomb. De nouveaux projets d’expositions se dessinent d’ailleurs à l’horizon pour l’automne 2017, en espérant que le public de l’Abitibi-Témiscamingue ait l’occasion de découvrir ce qui peut émerger de la rencontre entre les mains de l’artiste et l’argile d’ici.

// Ariane Ouellet – 3 déc. 2016

Numéro : Décembre 2016 -Janvier 2017